Halte aux erreurs de cibles !

par Albert Legrain

 

mieux connaître pour mieux protéger !

 

    Depuis quelques millénaires, l’expansion de l’Espèce Humaine a profondément modifié l’équilibre de la Nature.  Les activités humaines (agriculture, chasse, …) ont exterminé de nombreuses Espèces végétales et animales ; les exemples du Dodo de La Réunion et de l’ Aepyornis de Madagascar sont parmi les plus connus.  

    Et au cours des derniers siècles, l’augmentation très rapide de la population humaine et des territoires cultivés a considérablement réduit les espaces sauvages, et la vitesse d’extinction des Espèces s’est encore accrue : depuis une quarantaine d’années en Belgique, j’ai vu plus de 10 espèces de Lépidoptères être définitivement éliminées de notre faune locale !  

    Ce n’est que depuis quelques décennies que l’Humanité a pris conscience de la catastrophe écologique, et de timides mesures ont été prises par les Autorités, principalement la création de réserves naturelles et de parcs nationaux.  

    Plus récemment, des "listes rouges" des Espèces en voie d’extinction ont été établies, et sous la pression des organisations "écologiques", les gouvernements ont édicté des lois interdisant la capture, la possession et le commerce des Espèces menacées ; si pour certaines Espèces végétales et pour les Vertébrés ces dispositions démagogiques pourraient être justifiées, elles risquent fort d’être totalement inefficaces : les Scientifiques savent depuis longtemps que ce sont les biotopes qui doivent être conservés et protégés : il ne suffit pas de citer une Espèce dans une liste rouge pour qu’elle soit automatiquement protégée !  Au contraire, ces règlementations font monter les prix et encouragent les prélèvements …  

    Dans de nombreux pays, la capture d’insectes pour étude ou pour collection est interdite, mais les agriculteurs peuvent continuer à détruire la Nature et à utiliser des insecticides !

    Ces réglementations sont particulièrement inadaptées en ce qui concerne la protection des Insectes, car basées sur le faux principe que ce sont les Entomologistes qui par leurs prélèvements sont responsables de la raréfaction des espèces !  Les Scientifiques savent depuis longtemps que les sondages effectués par les collectionneurs, professionnels ou amateurs, ne peuvent modifier l’équilibre d’une population d’Insecte.

    Une Espèce d’Insecte est une population constituée de très nombreux individus, qui sont en équilibre relativement stable, équilibre résultant des éléments positifs (potentiel reproductif, quantité de nourriture disponible, conditions climatiques, …) et des facteurs négatifs : catastrophes naturelles (tornades, inondations, glissements de terrains, éruptions volcaniques, incendies, …), virus, bactéries, moisissures, insectes, arachnides, vertébrés insectivores, espèces concurrentes, …, destruction des biotopes, …  Même si une Espèce est menacée d’extinction, les prélèvements effectués par les Entomologistes ont un impact insignifiant qui ne saurait affecter l’équilibre des populations.  

    Le plus grand danger pour la Faune sauvage est l’agriculture, sous toutes ses formes : plantations, pâturages, sylviculture (résineux, eucalyptus) …  Bien souvent un écosystème riche et varié est remplacé par une monoculture surprotégée : de nombreuses espèces végétales spontanées et les Insectes qui en dépendent sont définitivement exterminés …

 

Les feux de brousse en Afrique

 

    Depuis des millénaires, les Africains pratiquent les traditionnelles cultures sur brûlis ; jusqu’au 18° siècle, grâce à la faible densité des populations, ces pratiques avaient des conséquences relativement peu dramatiques, les zones incendiées étant recolonisées à partir des secteurs épargnés ; mais l’explosion démographique récente a accéléré le processus qui devient catastrophique : la déforestation et les feux de brousse auront bientôt réduit l’Afrique à un désert écologique …  

    Les incendies volontaires ont des conséquences extrêmement négatives sur l’équilibre de la Nature  :

 - le gaspillage inutile des matières organiques de la surface du sol entraîne un appauvrissement de l’humus, une diminution de la fertilité des sols, une accélération de la désertification ;  

- le dégagement d’énormes quantités d’anhydride carbonique (CO2) aggrave le processus d’effet de serre avec ses conséquences climatiques (notons qu’à la conférence de Johannesburg en 2002 sur le problème du réchauffement de la Terre , cet aspect n’a même pas été évoqué !); d'après Mr Al GORE, les incendies volontaires seraient responsables de 30 % de la production de CO2 !

- la Flore et surtout la Faune subissent des dommages définitivement irréparables …  Les espèces qui ont une de leurs phases de développement souterraine peuvent survivre, mais celles dont les 4 phases sont aériennes sont inexorablement exterminées : c’est ce qui explique l’extrême raréfaction des Zygaenidae en Afrique du Sud.  Les zones régulièrement incendiées ne sont plus habitées que par de banales Espèces opportunistes et ubiquistes.  

 

Effrayant : 6 mois de feux de brousse en Afrique
(extrait de Al GORE : "An Inconvenient Truth, 2006")
  

"Il devient très urgent que l’ Union Africaine et les Gouvernements africains prennent des mesures énergiques pour mettre fin à ces pratiques !"

    Même les parcs naturels sont victimes d' incendies volontaires :  

- En novembre 2001, j’ai eu l’occasion d’effectuer quelques centaines de kilomètres dans le célèbre Park Kruger en RSA : plus de la moitié du secteur visité était en flammes ou venait d’être incendié … apparemment par les gestionnaires eux-mêmes !

- Si vous effectuez une visite virtuelle du Parc National du Niokolo-Koba au Sénégal en visionnant les photos-satellite offertes par Google Earth, vous verrez des centaines de Km² de forêt en feu et réduites en cendres …  De semblables tristes spectacles sont visibles au Nigeria, au Cameroun (Réserve du Faro), au Niger, au Tchad, en Ethiopie et ailleurs.  

 

- Google Earth diffuse en continu des images de la Terre par le biais des réseaux cablés et sans fil, permettant ainsi aux utilisateurs de voyager aux quatre coins du monde et de découvrir différents lieux avec des vues de qualité photographique. C'est une expérience complètement différente des cartes dont vous avez l'habitude. Il s'agit d'un modèle 3D du monde réel, basé sur des images satellite combinées avec des cartes ainsi que des listes de restaurants, d'hôtels, d'équipements de loisirs, de commerces et services, etc. Vous pouvez survoler la Terre et zoomer directement sur une rue, faire un panoramique ou accéder à une ville, ou même à un pays, en quelques instants.

Télécharger Google Earth pour voir le monde en perspective.

Angola Nigeria
Cameroun Sénégal
    Madagascar

 

La catastrophe malgache

    La colonisation humaine de la Grande Ile est relativement récente : les premiers habitants, d’origine asiatique, auraient pris possession des hauts-plateaux du Centre au VII° siècle ; après défrichage, ils ont pratiqué l’agriculture, principalement le riz; les Africains se seraient ensuite installés dans les basses-terres et ont introduit les zébus et la culture sur brûlis.

    Quand les Européens ont, au 17° siècle, commencé à établir des comptoirs, la dégradation des écosystèmes était déjà bien avancée, et depuis lors, elle n’a fait que s’aggraver ; des reportages télévisés nous montrent régulièrement la fragilité des refuges et la raréfaction des populations de Lémuriens ; les incendies répétés ont pour conséquence de réduire drastiquement les effectifs des Reptiles, notamment des Caméléons.

    Les explorateurs européens ont participé activement à la destruction des écosystèmes uniques ; Mr Pierre Viette (1963 : 41) relate l’incendie du Mont Tsaratanana, le sommet de l’Ile, en 1903 par l’explorateur Lemoine.

    En 2003, le Président Ravalomanana a promulgué une loi, très judicieuse, interdisant les feux de brousse, et punissant de 10 ans de prison les contrevenants : quelques-uns ont été incarcérés, mais sous la pression agressive des charbonniers, ils ont été relâchés et la loi n’a plus été appliquée …  En novembre 2005, j’ai vu de centaines de Km² incendiés …  Que c’est triste de voir un si beau pays dévasté par ses propres habitants !

    Et la législation malgache, soucieuse de protéger la Faune , autrefois si riche en Espèces endémiques, interdit aux Biologistes toute capture d’Insectes, même dans une propriété privée !

   

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    Il est évidemment très facile de convertir des convaincus : la totalité des lecteurs de cette Revue seront parfaitement d’accord avec moi.  Mais il serait souhaitable d’expliquer aux responsables politiques que les Entomologistes, boucs émissaires, ne sont en rien responsables de la destruction de la Nature et de la raréfaction des Espèces.  Au contraire, les Entomologistes amateurs, passionnés par leur Science, sont les meilleurs pour conseiller les autorités en matière de conservation de la Nature.

    Chaque année, quelques milliers d’Entomologistes, professionnels ou amateurs, collectionneurs ou chercheurs, récoltent dans le Monde quelques millions d’insectes, pour étude et/ou collection : impact insignifiant par rapport aux milliards d’insectes tués chaque jour par la circulation automobile, les éclairages publics ou privés, le incendies volontaires, le défrichage, le labourage, le pâturage, l’urbanisation, la pollution industrielle, l’exploitation de carrières et de mines ouvertes, etc., etc., …

    J’ai vu en Afrique du Sud, une station d’essence, située en pleine savane boisée, généreusement éclairée à la vapeur de mercure : chaque nuit des dizaines de milliers d’insectes étaient attirés : ceux qui échappaient aux chauves-souris étaient retrouvés le matin, écrasés par milliers sur le sol, notamment les Saturniidae : au lever du jour le personnel devait balayer pendant une demi-heure pour remplir plusieurs poubelles : comparés à ces hécatombes quotidiennes, les sondages occasionnels effectués par les Entomologistes ont un impact insignifiant !

    Le récolteur le plus performant ne saurait, par ses prélèvements, altérer l’équilibre, même fragilisé, d’une espèce d’Insecte ; par contre, l’incendie d’une forêt, la mise en culture d’une lande, l’assèchement d’un marécage auront certainement pour conséquence l’extinction d’espèces végétales et animales localisées.

Chers Collègues, diffusez ce message autour de vous : peut-être finirons-nous par convaincre les Autorités responsables ?      

 

 

Pierre VIETTE, 1963 :

Noctuelles Trifides de Madagascar,

Écologie, Biogéographie, Morphologie et Taxonomie (Lep.),

Ann. Soc. Ent. France, [1962], 131/1 : 40-41 :

     "En 1903, P. Lemoine, qui devait devenir Professeur au Muséum et Directeur de cet établissement, étudie la géologie du massif.  Son expédition sera cause, comme les précédentes, d’incendies qui feront à tout jamais disparaître (avant même son étude) la végétation des hauts sommets du Tsaratanana.  P. Lemoine s’extasie d’ailleurs devant la beauté de ces incendies « toutes les pentes embrasées depuis la vallée jusqu’au sommet et illuminant toute la région d’un magnifique feu d’artifice, formant un spectacle inoubliable » (cité d’après Perrier de la Bathie , 1927 : 26)."